Samedi 2 avril 2011
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13:30
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Mise au point
D'accord. Ce n'est pas, lecteur, parce que j'aime le débridé, la débauche, que je dois te laisser te perdre au
milieu de ces pages mal ficelées.
Je veux un
instant te prendre par la main, pour que nous fassions ensemble les premiers pas dans ce fourbi.
Après, tu verras...
Je ne l'ai pas commencé seule ce chemin, moi non plus.
Je ne me suis pas trouvée, un beau matin, libre du joug qui m'avait jusqu'alors asservie.
(Joug : "Symbolise la servitude résultant d'une promesse, d'un engagement ou d'une obligation morale ou sociale.
Pierre voyait bien qu'elle commençait à s'affranchir, sans y prendre garde, de ce joug
des convenances auquel jusque-là elle s'était aveuglément soumise (Sand, Compagn.
Tour de Fr., 1840, p. 294). J'ai enduré le joug de mon mari, quand j'étais une jeune et sotte épouse
(Colette, Entrave, 1913, p. 34)"
Trésor de la langue française)
J'ai été amenée là, moi aussi tenue par la main d'un homme.
J'ai rué dans les brancards d'abord, évidemment ; car si j'avais été nativement gourgandine,
il n'y aurait peut-être rien eu "à comprendre". Mais le goût du sexe m'est venu adulte seulement. Et cela ne se fait pas si simplement qu'on croit, ou qu'on dit. Ceux qui consomment Eros
avec le reste, et comme le reste, n'en tirent pas plus de bien que des autres choses. C'est-à-dire rien. Alors que, découvrant l'eau dorée blottie jaillie entre mes cuisses offertes, les
yeux bien ouverts, j'ai vu le monde basculer, les perspectives planes et bêtes s'effondrer, les visages nus parler.
Ce que j'ai vu, avec cet homme, senti, connu, touché, expérimenté, a fait de moi une
personne initiée. Et toute initiation a ses épreuves. J'ai été éprouvée. J'ai rué, mais j'ai marché.
J'ai laissé le désir passer maître.
Mue par cette force immense, qui a étreint mes jambes, m'a pliée à genoux, délié mes bras,
enlacé mes mains.
Abandonnée à cet élan profond, mais là. Etonnée de ne pas me dissoudre, si
bas.
Je raconterai aussi cette histoire-là, mais plus tard, après.
Si je dévidais son déroulement temporel, tu croirais que tout se joue comme cela :
cela paraît toujours plus simple, une fois fait. Rétrospectivement.
Or ce que je désire, c'est te placer, te mettre exactement où j'en suis à cette
heure.
Te donner mes frissons, ceux qui hésitent encore ou de peur ou de froid, et ceux qui me
transportent.
Que tu mesures ces cadences, lentes ou raides, avec moi.
Que tu trembles d'attendre l'homme qui viendra, ou d'autres plaisirs.
Que tu sentes précisément la réalité qui se fait sous mes doigts.
Que tu t'y invites.
Je dois changer les noms, les fonctions, bien sûr, quelques dates aussi, parce que nous sommes réels, et bien vivants. Et que ce que nous faisons n'est pas dans les
tablettes.
Tu souris ?
Une femme, un amant : c'est d'un banal...
Attends. Nous ne sommes qu'aux préliminaires.