Dimanche 10 avril 2011
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Fidélités
Elie à Matthieu (28 mars 2011)
Aïe, tu as mis le doigt sur mon -presque- seul point faible... La physique...
On ne peut pas être parfait, n'est-ce pas ? Mais je ferai des efforts, peut-être jusque là.
Je te réponds, je fais des vagues, pour t'atteindre, pour te garder, attirer ton contact mais je ne sais rien dire
d'autre.
Je reste bouleversée par ce qui arrive.
Cela ne ressemble à rien de ce que je connais. Tu me fais perdre mes marques...
Ce que j'aime dans une relation, dans ce que je connais (je continue sur le ton de franchise que j'avais adopté
avant...) c'est le sexe.
Le plaisir, la jouissance. Je suis cordiale, bien sûr, je suis sincère. Je suis plutôt gentille, je crois. Mais je ne
sens dans l'homme, ou la femme, que je caresse, et réciproquement, que l'instrument consentant, et ravi souvent, de mon plaisir.
Tu me permets de poursuivre avec la même nudité ?
Eh bien, cela ne va pas comme cela, pas du tout, avec toi.
Je suis embarquée, où tu vas ; et c'est quelqu'un qui mène la barque... L'instrument rit, me regarde, s'amuse, rit
encore, et moi je suis toute déconfite (de joie).
Sincèrement, je n'ai pas l'habitude. J'en suis plus que décontenancée, étourdie, gêné (moi qui suis capable d'écrire
les pires crudités sans gêne, je me trouve embarrassée, ne sachant plus comment le dire, que dire même.)
Au point même qu'à un moment de la nuit, la nôtre, j'ai ressenti un sentiment de panique, fugitif mais..., parce que
j'ai cru que je n'arriverais plus à écrire : écrire, c'est malgré tout souvent prendre les choses et les gens d'un peu loin, d'un peu haut ; écrire, cela s'appuie aussi beaucoup sur l'absence et
le manque, et que j'ai compris vite que ce petit jeu-là, je ne pourrai plus le jouer, très longtemps.
Contredis-moi, remets-moi à ma place, redescends-moi sur terre.
Attention, ne crois pas que je sois devenue idéaliste. Que j'attende ou j'espère je ne sais quoi, que je sois soudain
de-loguée-du-site (je te dirai un mot de cela). Non, non. Je suis et je reste dans un réel bien dur, et que j'aime. Je l'aime presque violent de matérialité.
Plus il est nu, mieux j'en sens la rudesse, mieux je me sens. Car je me perçois exister.
Mais sans abandonner rien de cette exigence, je me trouve emportée, déplacée, mise où tu veux être.
Et non sur un mode... d'obéissance, que j'ai aussi pratiqué ; mais tout en douceur, et en sagesse, presque. Je suis
séduite par ta finesse. Et cela me sidère.
Aussi tu dis être encore mal satisfait de nos caresses, cela ne m'a même pas effleuré l'esprit un instant. Les
premières amours ne sont jamais les plus faciles, d'où bien des fuites et des hésitations...
Non, j'ai pensé à toi, pensé à toi, pensé à toi. J'ai envie de tout, de tout encore.
Tout coule de source, tout est à inventer.
Je veux refaire, ressentir, retoucher.
Je veux découvrir.
Je sais ma place. Et j'y suis très bien. Rien de plus, rien d'autre.
Mais encore ce que tu m'as donné. Toi.
S'il te plaît.
Je le dis vite - je n'ai pas de temps, toujours, toujours ; j'ai dix mille choses à te dire, "Encyclopédie" est le mot
juste .
Ne crois pas pourtant que le fait de me "voir" encore sur le site soit le signe d'une incohérence totale. J'ai
un ami depuis quelques temps... un ami "de corps" si tu veux. Et je ne lâcherai pas mes aventures passées-présentes, ni mes conversations platoniques-pas-trop, même dans l'état d'euphorie
parfaite où je suis. Je reste ainsi que tu m'as découverte. Non que ces liens aient aujourd'hui le même sens... mais ceci est mon affaire.
La liberté, toujours et au-dessus de tout.
Même si la liberté est souvent une dure maîtresse, elle rend au centuple les offrandes qu'on lui faites, aussi je lui
serai fidèle, fidèle.
Je sais bien que cette diffraction (diffraction ?) de l'être dans des relations multiples (aucunement identiques) peut paraître une
forme de protection... N'être jamais abandonné, finalement, jamais seul, jamais désaimé... Bon. C'est peut-être un rempart, une assurance contre la mort, et alors ?
Tu es armé, je suis armée (d'amour, d'amitié, j'entends). A elle, à lui, nous donnons, nous donnons. Nous recevons
également.
Mais il nous reste... quelque chose.
Pour cela, toi, et moi, je crois, ferions l'impossible.
Et l'impossible est là.