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Un message sur le site de rencontre
Matthieu,
Bien évidemment je partage votre analyse des limites du "chat". C'est un exercice que je pratique depuis peu de temps (sinon professionnellement, à l'occasion), je veux dire pour des entreprises de séduction, ou de découverte avant. C'est très étrange. On y lit, et y écrit... de tout. Des crudités les plus improbables, aux réflexions existentielles qui s'effaceront à la fermeture de la session. Mais bien sûr, cela n'est pas du tout une rencontre.
Ceci dit, je trouve que notre échange hier soir a été assez bon... Je veux dire, à plusieurs reprises (je ne veux pas vous dire le nombre) j'ai repensé à cette conversation, qui n'avait rien d'extraordinaire, peut-être, mais qui s'est déroulée avec une aisance très réelle, sincère. Cela va relativement vite (malgré tout) et ce qui vient est vite vrai... Il est difficile de déguiser longtemps, dans cet échange à brûle pourpoint. On montre vite ses limites, les masques ont mauvaise mine.
C'est ce biais qui m'a permis d'éviter quelques rencontres. J'ai renoncé à "voir en vrai" des hommes inconséquents, disant une chose et son contraire, montrant un fond banal, ou simplement vulgaire... Et je conserve la trace de ces échanges que l'on croit effaçables. Je les relis au besoin. Les traces de tous nos échanges... Vous voilà prévenu...
Or, il s'est avéré que notre conversation s'est introduite en moi, tout le long du jour. Non que cela me déplaise, mais cela me submerge un peu... et ouvre des portes que je tiens soigneusement fermées d'ordinaire.
Voilà ce que je voulais vous écrire ce soir.
Surtout je vous en prie, n'en présagez rien de particulier, nous sommes bien trop inconnus l'un à l'autre pour augurer de quoi que ce soit.
Vous partirez peut-être en courant dès le premier aperçu de mon visage, ou que sais-je ?
Et je ne voudrais pas que vous lisiez des "sentiments" dans la belle accordance remarquée un soir.
Mais enfin cela ne m'est pas habituel, si je peux généraliser, en toute inélégance, le protocole de mes fréquentations. Je suis allée, ou venue, sur ce site pour des rencontres sexuelles. Mon profil est assez clair sur cela.
Ce qui n'est pas, m'a-t-on dit, ce que font la majorité des femmes. Et j'ai trouvé là ce que je cherchais, en ce domaine, à des degrés divers (je ne suis pas là depuis très longtemps...).
Et quand c'est l'attirance, à la limite du besoin, mais l'attirance quand même, qui mène le train, la relation est assez étrange, je dois dire. Je n'avais jamais fait cela, avant mon âge. Et je ne le regrette pas. J'ai plus appris sur les autres, et sur moi, en un an qu'en une vie, j'ai compris infiniment de choses. Mais ce sont des expériences assez violentes, sur le plan émotionnel. Je pourrais dire longtemps pourquoi, mais je ne veux pas vous lasser par trop de mots, j'ai peut-être un défaut de paroles.
Je n'ai pas renoncé à ces aventures, pourtant, puisque je suis là.
Mais je veux dire - que c'est long, ce préambule- que je suis étonnée de la tournure de notre relation, me concernant. J'évite, peut-être, de trop connaître l'autre de peur, peut-être encore d'être déçue, d'être blessée, de je ne sais quoi, je ne sais pas.
Alors que vous faites aller les choses à l'envers (oui, je sais, c'est plutôt à l'endroit, c'est le chemin conventionnel, sans vouloir vous manquer de respect, que de converser avant de faire l'amour), mais à l'envers dans le sens que se découvrir, se mettre à découvert, c'est aussi prendre le risque de déplaire... Ce qui est fui comme la peste dans les rencontres en ligne. D'où des conversations ne portant souvent que sur les goûts sexuels. S'accorder sur le minimum négociable. Je suis peut-être trop réaliste, mais je ne sais pas être autrement. Cela marche aussi comme cela. Plus ou moins. Parfois cela pétille d'étincelles, entre l'humour grivois et l'érotisme le plus torride, parfois, c'est presque un plan technique, d'autres fois encore cela ne marche pas (je suis toujours dans la phase orale...). Enfin je suppose que vous avez déjà procédé ainsi avec l'une ou l'autre...
Mais je ne sais pourquoi vous avez pris le risque, avec moi, d'avancer à visage découvert. Autrement. Nous n'avons pas dit un mot plus indécent, ou secret, ou érotique, que l'autre. Et c'est assez troublant, cette attente.
Parce qu'il se trouve, et c'est la fin du message, que ce que vous découvrez, par ailleurs, me plaît beaucoup. Est très engageant. Pourtant j'ai la dent dure, je crois. Je mets la barre, haut, j'ai le goût, délicat.
Et vous passez tout cela, allègrement. Cela me touche, appelle mes pensées, se rappelle à moi dans le jour, est là.
C'est tout ; j'ai envie de vous voir, de vous plaire, et que vous me plaisiez.
J'ai bien lu les consignes, et les contraintes, chacun en a.
Pour le soir, je ne sais que vous dire. Samedi soir, je dois voir une amie en tout début de soirée, mais je pourrais vous voir après. Ce serait facile pour prendre un verre, ou dîner. Dimanche soir est moins facile peut-être pour le nombre de lieux ouverts, mais je serais plus reposée, plus dispose donc. Dites ce qui vous plairait. Ce que vous aimeriez.
Je ne pourrais pas, quel que soit le jour, vous recevoir chez moi, où mes enfants, grands, vont et viennent. Je ne le fais pas. Même pour un verre...
Merci pour votre courrier, sincère. J'espère que le mien ne vous le paraîtra pas excessivement...
Et, pardon, j'aime beaucoup le "vous". Si nous y restions un moment, cela vous déplairait-il ? Le "tu" n'est le garant d'aucune sincérité, ni d'aucune intimité supplémentaire.
Presque vôtre,
Elie